La danseuse malade

Agidan (47 ans) est couchée dans son lit à l’hôpital Ignace Deen. Ses cheveux sont emmêlés et ses bras décharnés sont recouverts de points noirs.  

Elle se redresse dans son lit et noue un tissu noir et blanc sur sa tête. Sa chemise de nuit blanche tombe comme un rideau sur son corps maigre. Agidan a le regard triste et fatigué. Quand elle parle, on aperçoit 2  dents en or dans sa bouche.  

Les symptômes sont apparus il y a un an. Agidan a commencé à tousser et à se sentir de plus en plus malade. Après 6  mois, elle se sentait tellement mal qu’elle s’est décidée à aller voir un médecin, qui lui a diagnostiqué la tuberculose. « Je n’avais encore jamais entendu parler de cette maladie. Mon mari est malade lui aussi, mais il est allé voir un médecin traditionnel du village. Je ne sais pas de quoi il souffre exactement. Il ne va pas mieux, alors peut-être devrait-il, lui aussi, aller se faire examiner à Conakry… » 

« Je prends des médicaments depuis 5  mois. J’étais policière, mais je ne pouvais plus travailler car je devais me rendre tous les jours à Ignace Deen pour prendre mes médicaments. » Le traitement de la tuberculose est très lourd. Il faut bien manger quand on le prend pour éviter que les médicaments abîment le corps de l’intérieur. « Je n’ai pas beaucoup d’argent, ce qui fait que certains jours, je ne mangeais rien du tout. Je me suis donc de plus en plus affaiblie. » 

Il y a un mois, Agidan a été admise à l’hôpital Ignace Deen. Elle y restera jusqu’à ce qu’elle ait retrouvé suffisamment de forces pour se soigner chez elle. Les médicaments créent des taches noires sur son corps et la peau de ses bras est tellement fine qu’on voit presque à travers. « Je ne vais pas bien », soupire Agidan en regardant droit devant elle. « Heureusement, j’ai mes filles auprès de moi à l’hôpital. L’une reste avec moi la journée, et l’autre la nuit. Le médecin dit que je dois être patiente et que j’irai bientôt mieux. » 

« Mon plus grand rêve ? Guérir et pouvoir refaire de la danse classique. » Les yeux d’Agidan s’illuminent et un sourire apparaît sur son visage. « Oui, on ne dirait pas, mais j’ai toujours dansé pour le Ballet de l’Armée. » Son sourire laisse la place à un rire franc, qui semble venir du plus profond de son être. « Je suis bien sûr trop vieille pour ça aujourd’hui, mais je danse encore beaucoup chez moi », explique Agidan tout en pliant ses bras selon un angle de 90 degrés, avec les paumes des mains vers l’avant. Avec des mouvements gracieux, elle balance ensuite ses bras de gauche à droite et de droite à gauche.  

« Pas mal, n’est-ce pas ? », demande-t-elle en riant. « Rien que de faire ça, ça me rend heureuse. »