Opinion de Ruben Boon (Musée Damien et « Damiaan Vandaag ») soutenue par Action Damien

Damien dans la ligne de mire

Récemment, la membre du Congrès américain Alexandria Ocasio-Cortez a critiqué le fait que ce sont essentiellement des hommes blancs qui représentent les États-Unis dans la salle des statues (National Statuary Hall) du Capitole américain à Washington. Dans son discours, elle a pris (par erreur) le Père Damien comme exemple.

Les propos de Madame Ocasio-Cortez ont déjà fait l’objet de nombreuses réactions aux États-Unis et ailleurs, mais particulièrement en Belgique. Pourtant, nous ne pouvons pas laisser ces réactions prendre une trop grande ampleur. Focussons-nous sur ce que la politicienne a vraiment voulu dire et sur le Père Damien.

Une image mal choisie

Récemment, la membre du Congrès américain Alexandria Ocasio-Cortez a critiqué le fait que ce sont essentiellement des hommes blancs qui représentent les États-Unis. C’est bien sûr un fait. À ses yeux, il s’agit de la énième démonstration de la suprématie blanche. Avec cette critique, AOC a voulu s’attaquer au colonialisme, à l’exploitation et à l’oppression (encore) continue des populations.

Malheureusement, elle a affaibli son argumentation en prenant le Père Damien comme exemple. Les propos d’AOC sont tout à fait légitimes, mais elle a choisi la mauvaise image. Elle a pris conscience de son erreur et l’a fait savoir sur son compte Twitter.

Du prosélytisme à l’activisme

Nous ne pouvons naturellement pas ignorer le fait que Damien était un homme blanc. Tout comme de nombreux autres missionnaires, il est parti de sa terre natale pour rejoindre d’autres terres éloignées, afin de professer sa foi et de convertir les peuples.

Mais de sa foi, Damien a fait bien plus. De prosélytiste, il est devenu activiste pour et avec les indigènes hawaïens, mais aussi pour et avec toute personne, sans faire de différenciation. On peut ici parler d’une vision progressiste !

Durant sa mission, Damien a découvert ce en quoi sa croyance consiste réellement. Elle ne consiste plus à suivre des règles et à gagner des âmes, mais à être présent, à l’écoute, à entrer en dialogue avec les personnes, à les soutenir et à être solidaire . Damien est arrivé en tant que migrant à Hawaï. Il y a appris la langue et a profité de l’accueil de l’île. Il a pris le parti des hawaïens, il est resté à leurs côtés et il a donné sa vie pour eux. Ça, ce sont aussi des faits.

Un migrant comme symbole hawaïen

Finalement, les hawaïens ont choisi – entre l’image de la reine hawaïenne Kamehameha I (1758-1819) et celle du Père Damien (1840-1819) – le Père Damien comme symbole pour leur État. Ce qui n’est en fait pas étonnant lorsque l’on considère comment Damien s’est intégré à la communauté hawaïenne, comment il s’est identifié à eux et comment il a donné sa vie pour eux.

En 2015, nous avons choisi – et cela peut être mis en évidence – un migrant en tant que Plus Grand Belge. Damien n’en serait sûrement pas arrivé là s’il était gentiment resté chez lui. Il est devenu un hawaïen parmi les hawaïens. Un bel exemple d’intégration et de solidarité, encore aujourd’hui. Ce n’est pas pour autant qu’il a renoncé à son origine : il restait en contact avec ses proches et avait des relations soudées avec sa famille (biologique et religieuse), tout en créant des liens avec une nouvelle terre d’accueil, des nouveaux compatriotes qu’il considérait aussi comme sa famille, une nouvelle langue et une nouvelle culture. L’amour qu’il a donné lui a aussi été très bien rendu.

Dialogue

Même s’il s’agit d’un homme blanc, les hawaïens portent le Père Damien dans leurs cœurs jusqu’à aujourd’hui. Toutes ces années, depuis 1969, ils n’ont jamais protesté sur le fait que sa figure apparaisse dans la salle des statues du Capitole américain à Washington. Ils n’ont pas non plus protesté lorsque Damien a été canonisé en 2009. Jusqu’à ce jour, mais aussi au temps de Damien, les hawaïens se sont défendus pour leur pays, leur État et leur culture. Si Damien les avait opprimés, nous pouvons nous assurer qu’ils auraient protesté. Ils ne l’ont pas fait, car ils voient Damien comme l’un des leurs.

Enfin, nous sommes volontiers ouverts pour un dialogue calme et respectueux avec Madame Ocasio-Cortez et avec nos contacts aux États-Unis et à Hawaï pour entendre leur point de vue sur le sujet.

 

À propos de l’auteur

Ruben Boon est coordinateur de contenu pour le musée Damien à Tremelo, mais aussi gestionnaire de projet de « Damiaan Vandaag », le projet de la Congrégation des Sacrés-Cœurs, qui inclut le Père Damien.

« Damiaan Vandaag » veut amener la figure de Damien et ses valeurs de sens, de connectivité, de respect, de dialogue et de solidarité au-delà des frontières et leur donner forme à travers toutes sortes d’initiatives, d’activités et de projets.

 

Pour plus d’informations : www.damiaanvandaag.be (NL) et http://damiaanmuseum.be/fr/